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Eloge de la lenteur

Le pont de tuf du Trévans

Revue de presse

N° 107

L'été s'est refermé, comme un livre achevé...

Morgiou, Sugiton : les calanques

... enfermant dans ses pages quelques globulaires séchées, éphémères marque page.

La chaleur s'est enfuie, chassée par les orages, le mistral.
Elle ne subsiste qu'au creux des sentiers qui courent à la mer, prisonnière de la garrigue. Seuls les mollets perçoivent ce chaud rayonnement diffus qu'exhalent roches et pierriers. Les bras, la nuque, baignent déjà dans cette fraicheur précurseuse d'automne, porteuse de brume, annonciatrice des prochaines tempêtes d'équinoxe.

La lumière a faibli. Le calcaire est moins éblouissant. La douceur est partout, les pastels sont riches, ils étalent leurs nuances, et la vague exhale à nouveau son parfum d'iode et d'algue mêlés.
Les touristes ont déserté la côte. C'est la saison tranquille des bivouacs retrouvés, des randonnées le long du littoral, des nuits sous les étoiles au creux des bancaous où le ressac résonne comme une trompe marine.

Plaisirs simples et gratuits, laissés à une infime minorité qui ne se confondra jamais assez en remerciements auprès de celles et ceux qui offrent autant de beautés, de richesses, d'espaces et de libertés à si peu de personnes.

 

Les lectures du soir, sous la moustiquaire, ont une lenteur qui ne provient pas uniquement de la manivelle de la lampe à actionner pour que la lumière fuse, mais de l'épaisseur des mots qui, à la tombée du jour, au rosissement du ciel, demandent une plus grande mastication pour être assimilés, en tirer toute la substantifique moelle... Là, les mots résonnent différemment, sont porteurs d'autres couleurs, d'autres significations, d'autres associations. Il faut simplement glisser dans le sac un livre de poche.

Le retour du passé.

La chasse aujourd'hui reprend possession des massifs. Et, dans les calanques, les sangliers aux portes de Luminy frayent avec randonneurs et gardes, tandis que les marcassins plus timides restent quelques mètres en retrait. Comme les marmottes, dans quelques cols alpins, et en dépit de l'interdiction d'apprivoiser des bêtes sauvages, viendront ils bientôt manger dans la main tendue ?

Pour les journées du patrimoine, les salins étaient ouverts.
Près de 67 % des zones humides ont disparu depuis le XXe siècle dont la moitié en 30 ans, entre 1960 et 1990. Leurs fonctions écologiques sont pourtant essentielles : elles constituent des réservoirs de biodiversité, des espaces filtrant les pollutions, des champs d'expansion de crues, un tampon climatique...

 

Aux portes des calanques

 

Le Vieux Chaillol (3163m), vue prise sous le col de Côte Longue

 

A ce titre la préservation des étangs de Villepey, des différents salins d'Hyères, de l'étang de Pourra, du marais de la Baisse Claire comme du marais du Vigueirat, en Camargue, mérite notre attention.
En Camargue les Salins de Giraud ont confié au Conservatoire du littoral leurs salins, excepté une étroite bande littorale qui fait l'objet de toutes les convoitises. La mairie de Salin de Giraud a gelé tout projet : la zone est inondable, en subsidence comme tout le delta, avec une élévation attendue et observée des eaux en Méditerranée, des digues le long du Rhône à consolider... bref tout projet même sur pilotis ne devrait pas avoir un grand avenir...

Cet été nous étions dans le Champsaur. Lors des premiers jours la fraicheur était au rendez vous et l'enneigement important sur les crêtes et les sommets. Il nous fallut chausser les crampons plus bas qu'à l'accoutumé. Mais quel plaisir de marcher dans la fraicheur - voire même le froid quand à 6 heure du matin le thermomètre ne dépassait pas les 10°. Départ à la nuit, approche à la pénombre, lente avancée d'un jour tout en nuance de gris, puis naissance progressive de la couleur, le premier vert tout en gris, et puis toutes les nuances du vert, et la roche qui se colore, et la neige qui émerge étincelante. Chamois, chevreuils, marmottes, renards... et hélicoptère de la Sécurité civile pour ceux qui mal chaussés se hasardent en montagne !

Deux bras levés pour appeler les secours, un bras levé l'autre baissé quand l'hélico tourne et que vous ne demandez pas d'aide. Bande réfléchissante pour signaler la position ou, en fin d'après midi, quand la montagne réfléchit la lumière, une lampe, voire un écran de téléphone portable permettent à l'hélico équipé de lunettes ad hoc de situer rapidement le lieu d'intervention.

 

Dégager tous les sacs, et tous les objets à plus de 50m de la personne blessée : le portable posé sur le rocher sera arraché par le souffle des pales. Ne laisser qu'une personne auprès du blessé. Toutes les autres doivent se mettre à 50 m au moins. Telles sont les consignes que les pilotes de la Sécurité civile de Grenoble nous ont exposées lors de secours en montagne dont nous étions les témoins.

Alors bien sûr ne faites pas comme Kilian Jornet, adepte de l'ultra-trail, qui court en collant et en tennis, et "fait" le Mont Blanc aller retour en moins de cinq heures, mais qui quand les conditions météo changent brusquement, comme cela arrive assez souvent en montagne selon la saison, fait appel au PGHM pour être secouru par hélicoptère...
Les secours en montagne n'aiment vraiment pas prendre des risques pour ceux qui les font assumer par d'autres.

Nous voilà à nouveau aux équinoxes d'or. Sur le plan de l'écliptique l'équateur a retrouvé pour azimut le soleil. Nous avons quelques belles semaines avant les grandes tempêtes, le temps de faire encore quelques éloges de la lenteur.

Bonnes randos.

 

Sécurité civile de Grenoble

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